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  • laetitia-ramel

Hypnose, les vrais effets!

Elle transforme l’activité cérébrale et les perceptions.



« En pratique, cette hypnose pratiquée en hôpital n’est pas aussi suggestive que celle des grands shows donnés par des hypnotiseurs devant un large public."


L’hypnothérapeute ne donne pas d’ordre, reprend Jean-Marc Benhaiem c’est un accompagnateur qui, par le choix des mots et la conversation, amène le patient à élargir sa perception et à l’ouvrir aux problèmes et solutions dont il est intérieurement déjà conscient. »

Mais derrière ces mots précis qui décrivent les sensations somme toute très personnelles, existe-t-il des effets réellement mesurables, reproductibles et quantifiables ? Depuis peu, on sait que la réponse est oui.


« Alors que l’hypnose est pratiquée depuis des décennies en psychiatrie ou en hôpital, sa portée neurologique n’a, elle, été découverte que ces dernières années », souligne Steven Laureys, professeur de neurologie à l’université de Liège en Belgique. Et notamment grâce à une étude publiée en 2016 par des chercheurs américains, qui a mis en valeur trois changements majeurs du cerveau sous hypnose.


Expérimentation


Pour ce faire, l’équipe a tout d’abord sélectionné 56 participants considérés comme hautement ou, au contraire faiblement hypnotisables, puis comparé leur activité cérébrale à l’aide d’examens IRM fonctionnelle lors de quatre états différents : au repos, pendant une phase éveillée de souvenirs, sous hypnose en se remémorant des vacances sans émotion particulière et sous hypnose en se remémorant un moment particulièrement agréable. Et les résultats sont révélateurs !


Résultats


Ils ont d’abord constaté une diminution de l’activité dans le cortex cingulaire antérieur dorsal, signant, selon Steven Laureys « le moment de la perte de contact avec l’extérieur, la création d’une bulle, et en même temps l’ouverture à la suggestion ».

A aussi été mesurée une augmentation des connexions vers des structures qui jouent un rôle important dans le contrôle corporel ou dans les processus d’émotion, d’empathie et de temporalité. « Et en effet, on s’aperçoit que l’hypnose se porte fortement sur les sensations internes », commente Steven Laureys.

Enfin les IRM ont révélé une réduction de la connectivité entre le réseau du contrôle exécutif. C'est probablement là que repose la caractéristique la plus inhérente à l'hypnose, qui la différencie totalement d'autres état de conscience altérés comme la méditation : le détachement vis-à-vis de soi-même et de ses pensées actions, la perte de l'esprit critique et même, dans certains cas, l'amnésie.


Interprétation


« L'état hypnotique correspond à une attention hautement focalisée, avec une sensibilité périphérique réduite, résume David Spiegel, responsable de cette étude. On se préoccupe moins de porter attention à autre chose que ce qui est au centre de notre attention. »

Et cette étape peut amener l’hypnotisé à réaliser des prouesses intellectuelles, pour peu qu'il soit correctement guidé.

L'équipe de Marie-Élisabeth Faymonville a par exemple comparé le débit sanguin des différentes zones cérébrales chez des patients amenés à se souvenir d'un moment particulier à l'état d'éveil, puis sous hypnose. Résultats ? « Sous hypnose, les individus présentent une stimulation cérébrale plus élevée, assure la chercheuse. Ils activent leurs régions occipitales, siège de la vue, comme s'ils voyaient vraiment, mais aussi leurs régions pariétales, comme s'ils ressentaient vraiment, ainsi que la région précentrale comme s'ils bougeaient vraiment.

Tout cela en restant couchée les yeux fermés !


De plus, ils ont eu l'impression de revivre ce moment, et non pas de s’en souvenir.

Ce n'est pas l'hypnotiseur mais l'individu qui a le pouvoir.

Voilà le véritable truc de l'hypnose !

Elle booste notre capacité d'attention à l'objet central de nos pensées. Et contrairement à un tour de carte, il n'est pas décevant d’en être conscient, bien au contraire. « Nous avons tendance à penser que c'est l'hypnotiseur qui a le pouvoir, mais il n'en n'est rien : c'est l'individu, insiste Jean-Marc Benhaiem.

Nous sommes tous influençables : songez aux jeux, à la publicité, ou encore aux addictions. Toutes ces choses agissent sur nous de manière hypnotique, il nous faut prendre conscience de cette fragilité pour l'élargir en faculté. » L’hypnose, loin d'être magique, est totalement humaine. »


Source: Article du magazine « Sciences et Vie » du mois de mars 2018, rubrique "A la une"

Par Thomas Cavaillé-Fol et Jean Baptiste Veyreras

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